: Feb 07, 2015

Extrait d'une interview à propos du livre " au péril des idées" Saphirnews: Vou…

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Extrait d'une interview à propos du livre " au péril des idées"

Saphirnews: Vous apportez tous deux des critiques sur le modèle démocratique actuel à l'aune de deux facteurs : le pouvoir économique et le pouvoir médiatique. Vous apportez tous deux une critique du capitalisme, quelles alternatives posez-vous à ce système économique qui uniformise les identités ?

Tariq Ramadan : On a discuté de cela dans une question de fond par rapport au rôle de l'intellectuel et au rôle de l'expression de cette résistance. (…) On peut et on doit être dans la critique du capitalisme et du néolibéralisme parce que ce sont des contrées du monde qui sont dévastées : en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie, c'est la réalité… Et le chômage en Occident… Ce sont des réalités extrêmement graves.

A côté de cela, il y a vraiment des questions de spécialisation, ce dont on discute dans le livre : la fragmentation des sciences, le manque de vision des politiques. Est-ce que nous avons une alternative ? (…) Qu’est-ce que nous proposons ? Nous sommes extrêmement fermes et stricts dans la critique, mais nous sommes un peu démunis dans l’alternative, c'est-à-dire qu’il n’y a pas aujourd’hui, dans la pensée musulmane, une pensée économique alternative : on dit qu'on ne veut pas de spéculation, on ne veut pas d’intérêts mais on ne propose rien, on est souvent en train d’islamiser les moyens mais pas du tout de questionner les fins. On veut le même bénéfice, les mêmes profits mais dans des moyens halal… Il faut vraiment une pensée beaucoup plus profonde : il faut absolument que la conscience musulmane, qui part de son point de référence, puisse trouver dans des consciences différentes, qui soient agnostiques ou laïques, d’autres traditions, d’autres univers de références, des vrais questionnements.

C’est là où on devrait avoir cet échange éthique, où on devrait se retrouver. Nous n’aurons pas de solutions qui ne viendront que d’un univers de référence. Aujourd’hui, le problème, c’est que le racisme contre les Noirs, ce sont les Noirs qui se battent, le nouveau racisme antimusulman, ce sont les musulmans qui se battent, la lutte pour l’emploi, ce sont les travailleurs qui se battent… Nous ne parvenons pas à nouer des alliances transversales et, là, on ne peut pas en vouloir simplement aux dominants ou aux oppresseurs.

On doit aussi se poser la question de notre responsabilité : à nous d’établir des ponts, d’être ensemble et de travailler ensemble. Cela manque et c’est aussi un des objectifs du livre.

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